La restauration du Voyage dans la Lune de Georges Méliès

Posted on janvier 15, 2012

0


Un documentaire « Le Voyage extraordinaire » qui précède « Le Voyage dans la lune » de George Méliès, rend compte de l’important et particulièrement complexe travail de restauration numérique réalisée sous la direction de Tom Burton, chez Technicolor à Los Angeles. Des extraits vidéos de cette nouvelle version du film de Méliès sont disponibles en ligne sur Youtube.

Le Voyage dans la Lune de Georges Méliès (extrait 1) from Format Court on Vimeo.

Le partenariat entre Lobster Films, la Fondation Groupama Gan pour le Cinéma et la Fondation Technicolor pour le patrimoine du cinéma a permis de rassembler le financement et les compétences nécessaires pour véritablement « reproduire » une version colorisée la plus fidèle possible d’une copie couleur retrouvée à Barcelone. Serge Bromberg et Eric Lange de Lobster Films, résument ainsi l’histoire internationale de cette restauration :

Le Voyage dans la lune est proposé a sa sortie en 1902 en noir et blanc mais aussi en couleur. La version couleur, longtemps considérée comme perdue, est retrouvée en 1993 par la Filmoteca de Catalunya, dans un état critique. À partir de 1999, des travaux extrêmement délicats débutent pour décoller et numériser les images. Il faut attendre 2010, pour qu’une restauration complète soit engagée, permettant de réassembler les fragments des 13,375 images du film et de les restaurer, une par une. Les images manquantes, perdues ou trop dégradées, ont été reprises de la version noir et blanc puis coloriées.

Les détails de la restauration en plusieurs étapes sont rapportés dans l’article « Histoire de la restauration » de Serge Bromberg & Eric Lange (Lobster Films), et de Tom Burton (Technicolor), dans le livre en ligne, La couleur retrouvée du Voyage dans la Lune. Les deux premiers introduisent ainsi le travail :

«En 1999, nous avions eu la chance de retrouver 30 films de Georges Méliès. C’est en évoquant cette découverte avec le regretté Anton Gimenez, directeur de la Filmoteca de Catalunya à Barcelone, que nous apprîmes, au cours de la discussion, l’existence d’une copie couleur du Voyage dans la lune.
La Filmoteca possédait bien cette copie, mais selon Gimenez, celle-ci était totalement décomposée. Nous lui proposons alors de lui échanger cette ruine contre une copie d’un film perdu de Chomon. L’affaire est conclue et, quelque temps après, nous recevons une boîte contenant la précieuse relique. À l’intérieur se trouve une bobine de film 35mm ou nous pouvons distinguer les premières images encadrées par de petites perforations caractéristiques des copies des premiers temps. Malheureusement notre galette ressemble d’avantage à une rondelle de bois, tant la décomposition a transformé la pellicule souple en une masse compacte et rigide. Nous décidons à notre tour de consulter plusieurs laboratoires spécialisés. Leur diagnostic est sans appel : la copie est définitivement perdue. Des lors, autant tenter notre chance. Armés d’un petit morceau de bristol souple et d’une infinie patience, nous avons commencé à séparer les spires une à une. À notre grande surprise, la plupart des images n’étaient pas collées entre elles. Seuls les bords (la manchette) s’étaient décomposés et se trouvaient irrémédiablement soudés.
Centimètre par centimètre nous avons progressé, dégageant parfois des bandes entières, mais souvent des petits fragments. Parfois, l’image avait même disparu. Il fallut plusieurs semaines pour révéler la presque totalité des images. La bobine déroulée, elle demeurait cependant d’une fragilité extrême. Dans cet état, il était inimaginable de la passer sur une tireuse alternative en immersion, seule technique permettant de recopier les images sur un nouveau support de sauvegarde avant restauration. Deux options s’offraient donc à nous. Soit essayer de rendre sa souplesse d’origine au support afin de le faire passer dans la tireuse, soit photographier au banc-titre chaque image au risque de les briser. La première solution nécessitait un traitement chimique qui pouvait rendre sa souplesse au support pour une courte durée, mais qui malheureusement accélérait par la suite la décomposition. La seconde solution allait entraîner de nombreuses déchirures et était délicate et longue. Nous nous sommes retrouvés contraints de nous tourner vers le traitement chimique. La copie a été envoyée au laboratoire Haghefilm, où elle allait être placée durant plusieurs semaines sous une cloche de verre, soumise au vapeurs d’un mélange chimique mis au point dans les laboratoires des Archives Françaises du Film. Après plusieurs mois d’effort, près d’un tiers du film fût ainsi sauvegardé sur pellicule internégative. Il devenait enfin possible de revoir ces images en couleur. Cependant, l’autre moitié du film, qui n’avait pu passer dans la tireuse, nous était rendue sous forme de fragments informes, que le séjour prolongé dans les vapeurs chimiques avait rendu encore plus cassants.
Début 2000, c’est armé d’un nouvel appareil photo numerique d’une définition de 3 millions de pixel que nous avons photographié les images survivantes. Un an d’effort fût nécessaire pour sauvegarder les 5.000 dernières pièces de ce gigantesque puzzle (qui en compte plus du double). 10 ans ont passé. L’assemblage du puzzle pouvait enfin commencer ».

Tom Burton poursuit alors :

The 2010 works dealt with digital image files that were the result of several digitization and scanning efforts completed between 2002 and 2005. Files received were in various formats – TIFF, TGA, JPG – and several different resolutions. Some frames were captured via digital camera, frame by frame – some were scanned on a digital scanner from short sections of the 1902 original tinted print element that were chemically processed to render them pliable enough to be placed in a scanner. Much of the resulting image data received represents shattered pieces of frames, and partial or broken frames. [lire la suite, p.184-185]

Le recours aux technologies numériques – non seulement pour la reconstitution du « puzzle » mais également pour l’étalonnage des couleurs – s’avère ici indispensable quand l’intégrité matérielle de la pellicule cinématographique (la version colorisée de Barcelone, au statut étrange de copie du film « original », ayant fait l’objet d’une colorisation manuelle et donc unique en tant que tel) est inexorablement atteinte.

Ressources:

Serge Bromberg & Eric Lange (Lobster Films) et Tom Burton (Technicolor), « Histoire de la restauration » in La couleur retrouvée du Voyage dans la Lune [en ligne]. URL : http://www.fondation-groupama-gan.com/fileadmin/user_upload/pdf/livretvoyagedanslalune.pdf, p.182-185.

« La restauration du Voyage dans la Lune de Georges Méliès », in Fondation Technicolor [en ligne]. URL : http://www.technicolorfilmfoundation.org/fr/accueil/projets/la-restauration-du-voyage-dans-la-lune-de-georges-melies.html

« Le Voyage dans la Lune (version couleur) », in Fondation Groupama pour le cinéma [en ligne]. URL :  http://www.fondation-groupama-gan.com/patrimoine/dernieres-restaurations/le-voyage-dans-la-lune/

Publicités